"entre chien et loups", d’après Lars von Trier

Je n’aime pas beaucoup le théâtre « militant » où le public, pris à témoin, doit subir les proclamations de comédiens qui, croyant ne pas assez se faire entendre, crient et sur jouent leur réplique. C’est ce que j’ai dû supporter tout au long de cette pièce faite d’une juxtaposition de situations assez banales et décousues, mais prétexte à diatribes aboyées comme injonctions impératives. Il a fallu attendre le monologue du dernier tableau pour entendre des propos cohérents, énoncés sobrement dans la langue maternelle de la comédienne brésilienne, pour vivre un court mais beau moment de théâtre. Les mots prononcés alors ont pu infuser en moi parce qu’ils étaient « vrais » et s’incarnaient dans la chair de la comédienne comme une vérité indubitable. Cette voix fragile et sincère, nous racontait l’insidieuse montée du fascisme qui a sommeillé quelque temps dans un Brésil insouciant avant de le submerger tout entier. Quel rapport avec la pièce ? Il m’a sans doute échappé, mais le rapport avec la situation de notre pays m’a paru évident. Le fascisme sommeille chez nous dans l’ombre d’un régime déliquescent. Malgré le raffut de la mitraille déclenché par les Russes, l’ennemi ne se trouve pas là-bas, mais bien dans notre propre pays et peut-être aussi dans notre propre pensée si on la laisse dériver dans le fatras de la pensée mainstream.

Mise en scène par Christiane Jatahy à Odéon Berthier - 3 mars 2022