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La santé du Président

Mercredi, France-Inter ouvrait son journal de 13h sur un sujet crucial : « la santé des Présidents. Jusqu’où aller en matière de transparence ? » Cette question, qui comme chacun le sait, est au centre des préoccupations des Français, venait d’être relancée par les révélations de journalistes de France-Info, au sujet d’une opération subie par le chef de l’état au début de l’année 2011. Celui-ci n’était pas encore candidat aux primaires socialistes. L’intervention était bénigne et n’avait donné lieu à aucun suivi médical ainsi que venait de le préciser un communiqué de l’Élysée. Mais quand même, cette information capitale méritait le prime time et justifiait que les médias se mettent à s’exciter comme une horde de requins attirés par l’odeur de chair humaine. Bénigne, bénigne ! Faut voir. La présentatrice du journal n’omettant pas de relever, à juste titre, que « dans ce domaine, les Français ont appris à se méfier des communiqués officiels. »

Nous, étions donc, ce mercredi, nous auditeurs de France-Inter, saisit d’effroi : notre Président avait subi une opération chirurgicale et nous ne le savions pas. Et si, au même instant, nous venions d’être officiellement rassurés —, l’intervention, Dieu merci, avait été bénigne —, nous restions sur nos gardes : on nous avait déjà fait de coup d’un adénome présidentiel sans gravité. Nous étions quand même sous le choc. Celui que nous venions d’élire, poursuivi par la malédiction des prostates exubérantes, qui chatouillent les Présidents, mais aussi une proportion non négligeable d’hommes approchant la soixantaine, aurait pu être malade. Il ne l’était pas et l’on s’en réjouissait. Mais il s’en était pourtant fallu d’un cheveu, je veux dire d’une simple petite cellule malignement récalcitrante. Il s’en était bien tiré, le veinard.< La seule chose qu’on pouvait lui reprocher, c’est de nous avoir fait une petite cachoterie. Car nous aimons bien, nous citoyens d’une république transparente, — c’est du moins ainsi que nous imagine la rédaction de France Inter —, savoir ce qui se trame dans le pantalon de nos hommes politiques. Aller humer l’air des blocs opératoires ou des salles de réveil pour peu qu’un people y fasse séjour, aussi court et bénin soit-il, ça nous existe et ça nous rassure : ces gens-là, et ce n’est que justice, appartiennent, comme nous, simples patients, à l’humanité bandeuse et souffreteuse.

Ragaillardis à l’idée que notre Président n’était pas malade, mais qui l’aurait pu l’être, nous allions pouvoir supporter avec meilleure humeur le train-train de nos préoccupations égoïstes : le chômage, les hausses d’impôts, la colère des bonnets rouges, enfin tout le cortège de nos insignifiantes contrariétés. S’il y avait bien eu adénome présidentiel, celui-ci n’était pas malin. Le Président, lui non plus, n’avait pas été malin. Il aurait dû savoir qu’un homme, qui confie ses bijoux de famille aux bons soins du chirurgien, se doit d’en informer illico la compagnie, le claironner urbi et orbi, s’en vanter auprès de ses amis, de ses copines. De ses copines surtout. Elles raffolent de ce genre de confidence. Et nous, le bon peuple, on a aussi le droit de savoir. Bien sûr, il était dommage que la chose ne fût que bénigne. Un bon cancer testiculaire aurait alimenté plus solidement les conversations au café du commerce.

Gageons que les médias, qui aiment fourrer le nez dans les poubelles, les alcôves et les salles de réveil, sauront bien vite nous narrer quelque nouvelle tragédie domestique. En attendant cela : nous vous souhaitons, sans rancune, nous les auditeurs de France-Inter, une bonne santé, Monsieur le Président.

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