Bella Figura (Yasmina Reza) - th. du Rond-point - 31/12/17

La comédie bourgeoise contemporaine écrite pour des spectateurs bourgeois qui viennent voir se dérouler sur scène les petites turpitudes de leur vie ordinaire et de faire de ce spectacle narcissique une distraction salutaire, est un genre indémodable. Yamina Reza est parfaitement rodée pour réussir à cet exercice.

Elle revisite ici avec quelques variantes le sujet inusable de l’homme jonglant entre femme et maitresse.Un homme, falot à souhait, aux prises avec une jeune maitresse collectionneuse d’amants, une amie de l’épouse délaissée endossant l’habit de la bourgeoise coincée, une belle-mère alzheimer et un comparse qui joue les faire-valoir. Tout ce petit monde caricatural constitue un réseau de relations sociales censé représenter le tissu social contemporain. Les décors et le jeu sont, comme il se doit, réalistes à souhait. Les dialogues, convenus et souvent insipides, agrémentés de réparties qui se veulent spirituelles, de lieux communs éculés mais plaisants. Situations équivoques et quiproquo à l’avenant. Le tout soigneusement dosé fait sourire et parfois rire les spectateurs. Bella Figura n’est pas une pièce qui marquera les annales, mais il y a certainement pire en la matière. Pour enflammer un sujet aussi plat, il faut des comédiens géniaux et un rythme d’enfer. Hier soir c’était plan-plan. Les nombreux changements de décor n’aident pas les comédiens à trouver et à garder le tempo. On aurait donc pu s’ennuyer beaucoup, nous autant qu’eux.

Pourtant une comédienne va nous sortir d’une somnolence annoncée et hisser cette pièce au-dessus d’une banale comédie bourgeoise. Dans ce paysage humain un peu terne et sans vie, Emmanuelle Devos, dans le rôle de la jeune maitresse ingénue et légère, rayonne avec grâce. Sa fraicheur, sa sensibilité, sa beauté nous touchent. Elle donne une épaisseur humaine à son personnage bien au-delà de ce qui est écrit. C’est presque un destin de femme qu’elle dessine dans ce monde factice. Extérieur au milieu social où l’entraine son amant, en transit dans le cercle étriqué et bourgeois où lui se débat, elle donne le sens, la direction à prendre, le ton à adopter, pour vivre une vie plus libre, plus gaie, plus humaine que celle où nous enferment les conventions sociales. Emmanuelle Devos est une grande comédienne au cinéma et au théâtre. On le savait déjà, elle le confirme ici.