Jules César (Shakespeare) CF Vieux Colombier - 29/09/19

En basant sa distribution sur une stricte parité de sexes et en recourant à un dispositif bi-frontal inadapté, Rodolphe Dana s’est infligé des handicaps dont il n’a pu maitriser la complexité. Dans cette pièce relatant l’assassinat de César par des sénateurs romains, tous les personnages ou presque sont masculins et pour cause les femmes, à Rome, n’avaient pas droit de cité au sénat. Soucieux de la parité homme/femme, Rodolphe Dana a donc attribué les rôles masculins en surnombre à des comédiennes. L'intention est très louable et le procédé n'a rien d'exceptionnel. Faire jouer des personnages masculins par des femmes et réciproquement, surtout dans les pièces de Shakespeare où le grand maitre joue souvent sur l’ambiguïté des sexes, est souvent pratiqué. Mais en l’occurrence, dans cette pièce historique, il n’y a aucune ambigüité de cette nature. Pour rendre crédible ces sénateurs romains, mâles jusqu’au bout de leur tunique, ici en costume gris trois pièces, il aurait fallu demander aux comédiennes de faire un peu plus appel à la part de masculin qu’elles portent en elles et non pas seulement leur demander de parler fort et haut, de gesticuler beaucoup, de crier ou de larmoyer à tout propos. Tout cela m'a paru forcé et vain. Pour les comédiens n’ayant pas à gérer cette transposition de sexe, les choses étaient plus faciles, mais eux aussi ont pâti de cette désunion d’ensemble. Seule Martine Chevalier, dans le rôle-titre, a trouvé la voix juste. Contrairement à ses partenaires, trop désunies, elle ne cherche pas les effets. Avec une solide diction classique parfaitement maitrisée, sans forcer son jeu, elle incarne avec brio un Jules César habité et plausible. Elle réussit à faire de ce personnage, qui apparait pourtant peu sur scène — et pour cause, il est question ici surtout de son cadavre — le personnage central de la pièce.

Autre handicap pour cette pièce : le dispositif bi-frontal. Sans doute était-il tentant d’attribuer au public, réparti de part et d’autre de la scène, le rôle du Sénat romain. Cela aurait pu fonctionner pour les scènes où le sénat est pris à témoin. Mais ces scènes, jouées salle éclairée (nouvelle marotte du théâtre "avant-gardiste"), n'offraient à la vue des spectateurs que l'autre moitié du public parisien passablement assoupi et franchement dubitatif. Quant aux scènes où le sénat n’est pas convoqué, ce dispositif n’avait plus aucune raison d’être. Choix d’autant plus malheureux que la salle du Vieux Colombier ne dispose pas d’entrées latérales. Toutes les entrées et sorties de scène se sont donc faites depuis les gradins du public. Public qui, pour moitié, voit surgir dans son dos les personnages entrant sur scène. J’avoue avoir été un peu perturbé par ces entrées en scène joués dans mon dos. Mais ce n’est pas seulement le public qui se trouvait désorienté dans un tel dispositif, les comédiens semblaient l'être tout autant. Ne voulant priver la moitié du public de leur faciès avantageux, ils se voyaient contraints de se retourner constamment, ou bien alors, ils ne cessaient d’arpenter la scène en tous sens comme si le metteur en scène n’avait pas su choisir pour eux le bon endroit pour dire leur réplique.

Avec une mise en scène brouillonne, un dispositif bi-frontal inadapté et un jeu toujours contraint et forcé, le texte ne passe pas la rampe. La Comédie Française n’est pas coutumière, fort heureusement, d’un théâtre aussi peu maitrisé.

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